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Rencontre des Fileuses suisses, 24-25 octobre 2009 Ă Langwies
Les Compagnons du XIXe siĂšcle voyageaient la France ! Plus modestement, les fileuses voyagent la Suisse et, pour leur rencontre dâautomne, ont dĂ©couvert un petit village des Grisons!
Câest dans les grincements et avec une lenteur majestueuse que les Chemins de fer rhĂ©tiques, accrochĂ©s Ă la pente, nous ont fait passer des 584 m de Coire aux 1383 m de Langwies, petit village touristique lovĂ© au cĆur de la montagne. La lenteur du trajet nous a permis dâadmirer un paysage abrupt, dâapercevoir au passage un groupe de cerfs ici, quelques chĂšvres et moutons lĂ , une chute dâeau coincĂ©e entre deux pans de rochers, et dĂ©jĂ la neige, trĂšs haut sur la montagne.
LâannĂ©e 2009 a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e par lâONU « AnnĂ©e internationale des fibres naturelles ». Câest donc tout naturellement que Sonja Weichelt, organisatrice de la rencontre, nous a suggĂ©rĂ© dâapporter des fibres de toutes origines pour que nous puissions faire connaissance avec les moins courantes, les regarder, les toucher et surtout essayer de les filer.
Les fileuses se sont piquĂ©es au jeu et ont apportĂ© moult fibres, des plus conventionnelles aux plus excentriques, pures ou mĂ©langĂ©es, artisanales ou industrielles, dĂ©jĂ filĂ©es ou prĂȘtes Ă lâĂȘtre, tricotĂ©es ou tissĂ©es.
Parmi les fibres traditionnelles, mais que lâon ne rencontre pas tous les jours, on peut relever la laine du Roux du Valais, superbe, avec ses longues boucles roux foncĂ© aux pointes brun jaune. Rugueuse et relativement difficile Ă filer, elle est en totale opposition avec la laine de la chĂšvre du Cachemire, de lâalpaca et du lama, qui ne sont que souplesse et douceur.
Le coton et la ramie (ortie de Chine) Ă©taient prĂ©sents sous forme de longs rubans, peignĂ©s ou cardĂ©s, ce qui les rend plus faciles Ă filer. Il mâa quand mĂȘme fallu deux bonnes heures pour apprivoiser et maĂźtriser le coton cardĂ©, moins lisse et donc moins glissant que le coton peignĂ© !
Curieusement, le jute, originaire des Indes et du Bangladesh, se trouve aussi sous forme de nappe cardĂ©e. Difficile Ă filer parce que cassant et peu appropriĂ© Ă la fabrication de vĂȘtements, il trouve ses dĂ©bouchĂ©s dans la fabrication de sacs et dans le gĂ©otextile.
Il y avait aussi plusieurs sortes de lins de lâEmmenthal, dĂ©jĂ filĂ©s et qui se caractĂ©risaient par leurs diffĂ©rentes couleurs. Une superbe nappe en lin teint artisanalement avec des couleurs naturelles, des graines de lin, et des Ă©chantillons de fils industriels complĂ©taient lâĂ©chantillon des fibres conventionnelles.
Parmi les fibres exotiques, citons la laine brune du bĆuf musquĂ© (muskox, animal prĂ©historique du nord canadien) qui a la rĂ©putation dâĂȘtre jusquâĂ quarante fois plus lĂ©gĂšre que la laine de mouton et meilleure que le cachemire. Câest, dit-on, la plus lĂ©gĂšre de toutes les laines mais aussi la plus chĂšre! Un chandail coĂ»te plus de mille francs!
Citons aussi la tourbe qui, mélangée à de la laine ou de la soie, donne une fibre trÚs douce connues pour ses propriétés isolantes et pourvue, dit-on, de vertus curatives.
Nous avons aussi dĂ©couvert le ganpi abaka, mĂ©lange de fibres obtenues de lâĂ©corce dâun arbre japonais vivant en altitude pour lâun et de la tige du chanvre de Manille, bananier textile des Philippines, pour lâautre. Leur mĂ©lange donne une fibre lustrĂ©e, lĂ©gĂšre et souple qui peut aussi ĂȘtre mĂ©langĂ©e Ă de la rayonne.
Enfin, le MĂ»rier Ă papier (Broussonetia papyrifera) possĂšde une Ă©corce avec laquelle les Japonais fabriquent artisanalement, et depuis plus de 1000 ans, le « washi » que nous appelons Ă tort « papier de riz » ! Ce papier, que nous avons dĂ©couvert filĂ© et tissĂ©, est connu pour sa flexibilitĂ©, sa soliditĂ© et sa lĂ©gĂšretĂ©. Nous en connaissions lâusage en dĂ©coration et en papeterie et avons dĂ©couvert son usage dans lâindustrie du vĂȘtement.
Entre autres nouveautĂ©s, nous avons eu lâoccasion de toucher et dâessayer de filer plusieurs fibres dâorigine naturelle mais crĂ©es artificiellement par divers procĂ©dĂ©s de fabrication.
Le tencel est une fibre recomposĂ©e Ă partir de cellulose dâeucalyptus. FabriquĂ© sans produits chimiques nocifs (95% des produits chimiques utilisĂ©s sont recyclĂ©s et la production se fait en circuit fermĂ©), et provenant dâarbres Ă croissance rapide et de forĂȘts correctement gĂ©rĂ©es, le tencel est dit Ă©cologique mais peut quand mĂȘme ĂȘtre
allergénique pour les personnes sensibles aux produits chimiques !
Les longues fibres issues du soja sont jaune pĂąle et ont lâaspect de la soie. Moins cher que la soie, le tissu de soja aurait des propriĂ©tĂ©s anti-bactĂ©riennes et protĂ©gerait de lâhumiditĂ©. Sa production serait relativement propre car obtenue avec des agents inoffensifs et recyclables.
La viscose, appelĂ©e Ă lâorigine soie artificielle puis rayonne, a Ă©tĂ© inventĂ©e en France en 1884. Câest, comme le tencel et les fibres de soja, un textile vĂ©gĂ©tal mais obtenu de maniĂšre artificielle. Faite au dĂ©part avec de la pulpe dâarbre, sa production est extrĂȘmement polluante.
Le bambou est une graminĂ©e qui pousse trĂšs facilement, sans apport dâengrais et qui est, contrairement au coton, peu gourmand en eau. La fibre de bambou est utilisĂ©e dans de multiples domaines. Une fois de plus, câest un produit dâorigine naturelle renouvelable; malheureusement, sa transformation en viscose est hautement toxique.
La plus inattendue de ces fibres est sans conteste celle obtenue Ă partir de protĂ©ines du lait ! Produite, dit-on, de maniĂšre respectueuse pour lâenvironnement (certifiĂ©e Oeko-Tex 100), Ă partir de casĂ©ine, elle semble avoir toutes les qualitĂ©s des fibres naturelles et des fibres synthĂ©tiques ! Douce et soyeuse, elle est solide, contient peu dâĂ©lectricitĂ© statique, a des propriĂ©tĂ©s hydratantes, anti-bactĂ©rienne, etc., etc. et paraĂźt ĂȘtre la panacĂ©e des fibres.
Il y avait donc un bel Ă©ventail de fibres diverses. Toutes dâorigine naturelles mais, quoi que lâon veuille nous faire croire, pas toutes trĂšs Ă©cologiques. Ces nouvelles fibres, « naturo-synthĂ©tiques » ont beaucoup de qualitĂ©s mais posent quand mĂȘme un gros problĂšme dâenvironnement, leur synthĂšse nĂ©cessitant beaucoup de produits chimiques pas toujours trĂšs honnĂȘtes. Y-a-t-il dâailleurs un produit chimique totalement inoffensif?
La soirĂ©e du samedi sâest terminĂ©e sur une note musicale avec Ursula Kienlin qui a jouĂ© quelques vieux airs au piano puis Heidi MĂŒller qui nous a chantĂ© un yodel. Merci Ă toutes deux pour cet intermĂšde.
Nous Ă©tions reçus (deux messieurs nous accompagnaient) par Sonja Weichelt Ă la « Hausstrela » dirigĂ©e par Hitsch et Helle Sprecher qui ont tout fait pour nous rendre le sĂ©jour agrĂ©able et que nous remercions pour leur travail. Un grand et chaleureux merci aussi Ă Sonja et toutes les personnes qui lâont aidĂ©e dans la prĂ©paration de ce week-end.
La prochaine rencontre aura lieu les 29 et 30 mai 2010 Ă Aeschi oĂč nous visiterons une ferme dâalpacas.
Nicole Dumont
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